CHASSE ACTU

Pays de Galles : Terres de chasses




la chasse aux pays de galles

Le Pays de Galles est une terre mystérieuse, presque secrète. Si l’on connaît ce peuple principalement à travers le monde de l’ovalie et le tournoi des 6 nations, qu’en est-il du sujet qui nous préoccupe, à savoir la chasse.

 

Beaucoup de questionnement, pas beaucoup de réponses … il n'en fallait pas plus à notre ami, et reporter, Pierre-Jean Lacombe, pour aller vérifier lui-même. L’idée était de partir chercher principalement les migrateurs, notamment les bécasses et les bécassines. Action !


Récit voyage de chasse au pays de Galles

Situé au beau milieu d’un triangle Irlande, Angleterre et Ecosse, le Pays de Galles offre un climat tempéré et des hivers relativement cléments. Ma conviction était que dames des bois et demoiselles des marais se cachaient quelque part. J’ai alors porté mon dévolu sur une zone qui ressemblait, selon moi, à un paradis à gibier migrateur. Niveau géographie et biotopes, j’ai choisi des territoires dans le Nord du Pays, à la pointe d’une péninsule qui s’enfonce dans la mer d’Irlande, tout en privilégiant les zones boisées qui jouxtent directement la côte … bref, si j’étais une bécasse je me serais posée là. 

 

Carte pays de galles bécassineIl ne faut pas croire que les Gallois ne chassent pas. Mais la plupart d’entre eux, à l’instar des Britanniques en général, vouent une passion sans limite à la chasse du petit gibier en battue .Ils préfèrent  les tirs difficiles au poste que les longues balades dans les collines.

La configuration est idéale pour nous car les territoires réservées aux chasses en battues de haut vol, témoignent d’une organisation parfaite : véhicules 4X4, repère de chasse chaleureux, chiens de grande qualité et guides en tenue de tweed local. Côté terrain de jeu, des milliers d’hectares non exploités, ni pour la chasse en battue, ni par l’agriculture qui offre une extrême tranquillité au gibier qui s’y pose.

Parlons du biotope justement. Les mots qui semblent le mieux décrire ces territoires sont : vierges et variées. Collines de bruyères, landes de fougères, plantations de pins, marais … c’est un pur condensé de zones propices aux bécasses et bécassines.

Chasse de la bécasse et de la bécassine

Mais, prenons les choses dans l’ordre. Arrivés en avion à Liverpool, dans le nord de l’Angleterre, il nous fallut deux heures de trajet pour rejoindre notre hébergement. Ce dernier a été sélectionné en raison de sa proximité immédiate avec le territoire. L’accueil chaleureux, les lits douillés et la nourriture excellente ont été un bonus appréciable.

En fin d’après midi, à peine installés dans les chambres, c’est le responsable de la chasse qui est venu se présenter et, disons le, nous mettre l’eau à la bouche en lâchant quelques bribes du genre « j’ai vu 8 bécasses volées en venant ici » (NDLR : le territoire est à 2 kilomètre de l’hôtel).

bécassineNous y sommes, après une bonne nuit, place au petit déjeuner Gallois, copieux voire très copieux pour certains. Il faut dire que sur le territoire les journées de chasse dure de 9h30 à 15 heures … non stop. Donc autant prendre des forces le matin. Une fois toasts, saucisses, œufs, bacon and autre porridge engloutis, direction le pas de porte de l’hôtel où les gardes doivent nous récupérer à 9 heures.
Là aussi, l’organisation est sans faille et à 8h50 le Land Rover est déjà garé et deux gardes nous attendent, vestes en tweed et cravates sont de sorties. Présentation faites, on fonce au repère de chasse pour récupérer les cartouches et boire un dernier café avec les gardes afin de planifier la journée et d’écouter les consignes de sécurité.

Nous avons plus de 4000 hectares de zones à chasser autour du repère de chasse. Nous roulons 2 minutes sur une petite route avant de nous garer et de mettre en place notre plan de bataille. Les guides nous donnent la direction de marche et nous demandent de nous mettre en ligne afin de pouvoir tirer devant et derrière en toute sécurité. Les armes seront fermées une fois que la ligne sera formée, pas avant. Normal, mais un peu frustrant pour moi qui ai choisi d’allé en bout de ligne et qui, en parcourant mes premiers 100 mètres sur le sol Gallois  lève  2 bécasses. « Safety first » mais plutôt de bon augure pour la suite.

la chasse aux pays de Galles : magique

Les gardes nous avaient prévenu cette zone, une ancienne plantation qui aujourd’hui est une friche abandonnée, est éprouvante pour les chasseurs. Visiblement, le Gallois ne ment pas car la marche est vraiment difficile. Il faut enjamber, sauter tout en veillant à ne pas tomber ou s’enfoncer dans les tourbières. C’est sur des bécassines que nous allons griller nos premières cartouches. Je comprends tout le sens de la notion de tir sportif. Les bécassines partent par paquets de 3 ou 4. Le ratio cartouches bécassines est mauvais (très mauvais) mais l’on s’ amuse. 
Après quelques centaines de mettre, et 20 minutes de chasse, je vis une situation typiquement galloise. En décrochant, enfin, ma première bécassine, la détonation fait partir une bécasse dans mon dos et là … je la manque (cela aurait été trop beau !). Sursaut d’orgueil de mes collègues. Mon voisin prélève quelques minutes après la première bécasse du séjour. Après une heure de marche dans ce biotope, les jambes sont lourdes. On décide alors de changer de spot. L’occasion de tirer un premier bilan … une friche d’environ 5 hectares … 7 bécasses levées, 2 prélevées, une vingtaine de bécassines levées, 2 prélevées et 5 faisans levées pour 2 prélevées. Exceptionnel mais mérité.

Univers Chasse et Pêche

5 minutes de voiture suffisent à rejoindre une autre partie du territoire qui présente une configuration plus classique avec un bois très long large de 80 mètres qui finit dans une grande prairie bordée de haies épaisses. Ce bois, appelé « the long wood » donne d’excellents résultats lorsqu’il gèle car un petit ruisseau le traverse. Pas de chance, il fait 8 degrés. Le bois semble plutôt vide, seul une bécasse démarre au loin. Un peu dépité, les guides nous demandent de marcher le long de ces haies d’épineux et de ronces. Peu convaincus, nous commençons à avancer.
L’impression que j’ai de chasser le merle ‘’au cul levé’’ est rapidement effacée par un pairon de bécasse qui gicle d’un minuscule buisson. La concentration monte d’un cran et quelques dizaines de mètres plus loin, le springer du garde fait sortir une bécasse des ronces. Celle-ci longe la haie et fuit hors de portée. Les faisans auront moins de chance .Nous quittons ce coin avec une réflexion qui nous sera utile pour le reste du séjour … au Pays de Galles, il y a des bécasses … partout, pas seulement là où nous avons l’habitude de les trouver.

Un beau teritoire de chasse

La dernière zone de la journée est représentative du biotope Gallois. Une vallée marécageuse qui abrite les bécassines, des coteaux boisés qui abritent les bécasses et des prairies parsemées de buissons et autres haies qui abritent faisans, perdreaux mais aussi notre chère mordorée. C’est ça le charme de ce pays. Pouvoir retrouver des sensations de chasse à la botte avec un gibier 100% sauvage, imprévisible et varié. Cette zone tiendra toutes ses promesses et l’on y prélèvera bécassines sourdes et communes, bécasses, faisans, perdreaux et même un canard.

Il est 15 heures. Nous sommes heureux. Nous sommes fatigués et  nous avons faim. Direction le pub pour un rafraichissement (ou deux) et un bon plat chaud. La nuit tombe vite et tôt à cette époque mais le choix nous est laissé de faire, à notre convenance, une passée aux canards, une passée à la bécasse (autorisée en Grande Bretagne) ou un dernier petit tour de marche. Nous choisirons les canards. Avec un marais littéralement inondé par trois semaines de pluie, les canards sont bien présents mais ne se sont jamais décidés à se poser devant nous. Un colvert sauvera la bredouille mais c’est surtout le balais incessant des bécassines qui nous aura émerveillé pendant une heure.

Les journées suivantes seront du même acabit avec des tableaux variés qui se composent chaque jour d’environ 4/5 bécasses, 4/5 bécassines ainsi que quelques faisans, perdreaux et canards. Cela pour une quinzaine de levées de bécasse quotidienne en chasse devant soi. Notez que notre groupe privilégiait la marche à la chasse postée. Cette dernière se révèle pourtant souvent plus productive en terme de levées car de nombreux oiseaux profitent d’épais couverts où seuls les chiens peuvent pénétrer (et encore, il faut des chiens courageux).

La mer à perte de vue

Bref, si je ne peux ici m’attarder en détail sur chaque journée de chasse, je terminerais mon récit on vous racontant cette balade dans un secteur qui nous a profondément marqué. Les guides nous l’avaient annoncé : « demain, on monte dans la montagne, ca va être dur, ça va être bon, on va voir des oiseaux ! ». Café matinal avalé, nous grimpons dans le Land Rover direction : la montagne.
Le territoire étant situé en bordure de mer, nous apercevons, tout au long de l’ascension, se dessiner la mer en arrière plan. La pointe de ce sommet (600 mètres) domine le bout de la péninsule avec une vue à 180° sur la grande bleue , magnifique comme environnement de chasse. Les collines sont recouvertes de bruyères et de fougères et quelques plantations de pins offrent un couvert plus haut aux mordorées. Un des guides nous dit, tout en se mettant en ligne et dans un Français, comment dire, approximatif : « attention aux bécassines ». Nous pensons, montagne, pas de marais et lui rétorquons : « tu veux dire bécasse ? ». Sa réponse ne nous surprend plus vraiment : « les deux » dit-il en anglais cette fois ci « et quelques colonies de faisans doivent s’y trouver aussi ». 
La marche démarre dans une lande de bruyère haute, très haute. Premier coup de fusil et … première bécassine du secteur.  La détonation fait décoller un autre groupe d’oiseaux qui prend rapidement de l’altitude et passe sur la ligne de tir. Une seconde bécassine sera prélevée. 

Porte carnier Gallois

Nous continuons, les chiens s’agitent dans un buisson, nous pensons tous à une bécasse mais c’est une compagnie de 5 faisans qui s’envole et inutile de dire que vous sentez la différence avec de mauvais oiseaux d’élevage, de quoi se réconcilier avec ce superbe oiseau. Bécassines, faisans, il nous manque quelques bécasses pour clore une vraie matinée Galloise. Voyant les plantations de pins se rapprocher, je ne m’en fais pas trop pour les dames au long bec. Nous choisissons de tous marcher dans la plantation, sans poster personne. Une stratégie que l’on sait d’avance peu probante mais pour nous le fun n’est pas dans le tableau mais dans les levées et les tirs difficiles.
Ces petites plantations sont de véritables sanctuaires à bécasses mais la végétation oblige à des tirs extrêmement rapides. Les chiens travaillent sans relâche et nous aussi … pousser les branches, enjamber les troncs, ouvrir les fusils, fermer les fusils … on s’amuse comme des gamins et l’on entend résonner régulièrement le claquement d’ailes de notre oiseau suivi d’un « bécassssseeeeeeeeeeee », « à toi », « où ça ? », « derrière », « ah, trop tard ». Pour vous donner une idée, en 20 minutes passées dans cette plantation, j’ai vu neufs bécasses, j’en ai tiré trois et prélevé une. Je suis loin d’être un fusil hors pair mais cela donne une bonne idée du ratio dans des conditions de chasse parfois difficiles.

Un tableau de chasse varié

Bref, j’ai trouvé au Pays de Galles une chose assez rare … la sensation de chasser sur des territoires vierges et giboyeux sans savoir à l’avance ce qui va jaillir devant nous.

Ce n’est pas un pays de spécialiste car son vrai potentiel est la diversité de gibier sauvage, migrateur et sédentaire.

 

Pierre-Jean Lacombe

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